Comment ça marche ?·naissance

Un apprentissage pour la première tétée dès les premiers mois de grossesse !

Un article tout récemment paru dans « Medical Hypotheses » relate les travaux de chercheurs suédois et américains sur le « breastcrawling », cette démarche par laquelle nouveau-né, placé en peau-à-peau tout contre sa mère, se déplace peu à peu jusqu’au sein, s’y accroche et commence à téter.

Plusieurs travaux antérieurs ont souligné toute l’importance de ce comportement. Il s’agit d’une période particulière où tous les sens de l’enfant sont stimulés de façon à le guider vers son objectif : la 1e tétée. En respectant ce schéma, des bénéfices à la fois pour la mère et le nouveau-né sont constatés.
Le « breastcrawling » apparaît comme un comportement spontané qui monte peu à peu en puissance lors de la première heure de vie et le nourrisson semble vraiment compétent, comme s’il avait toujours fait cela. Il est donc légitime de s’interroger : l’enfant a-t-il pu se préparer à ce comportement ? Si oui, comment ?
Les chercheurs de cette étude ont bâti une hypothèse, et la revendiquent comme telle (il faut attendre d’autres études pour vraiment conclure) : le déroulé des différentes séquences comportementales du nouveau-né, lors du premier peau-à-peau, suit le même schéma que celles du fœtus lors son développement. Autrement dit, dès les premières semaines in utero, le futur bébé « travaillerait » tous les gestes lui permettant d’atteindre des compétences optimales pour le jour J afin augmenter ses chances de survie et celles de sa mère.
Sur quoi s’appuient les auteurs pour affirmer cela ?

Les étapes dans le beastcrawling
Quel est le comportement classique d’un nouveau-né si on le laisse spontanément évoluer niché sur sa mère ?
Il pleure bien sûr, ses poumons se remplissent d’air pour la première fois. Vient ensuite une phase de repos.
La 3e période est une étape d’éveil, caractérisée par quelques expériences d’exploration avec des petits mouvements de tête, du visage, des épaules. Le nouveau-né ouvre les yeux, cligne…
Or, quand le fœtus n’est âgé que de quelques semaines, il expérimente déjà ce type de mouvements de tête, du cou, des épaules et des mains.
L’étape 4 est plus active : il s’agit de mouvements plus intentionnels, plus déterminés : le nouveau-né peut soulever sa tête, bouger un ou deux bras ou ses jambes. C’est vers la 9e ou 10e et au-delà, que ces mêmes gestes sont observés chez le fœtus.
Après ces efforts, de nouveau une phase de repos est observée. Elle est suivie par le début des essais de déplacements du nourrisson (étape 6). Il cherche à changer de position puis finit par ramper pour se rapprocher du sein maternel (les effets co-latéraux sont un massage de l’utérus de sa mère). Chez le fœtus, cela correspond aux mouvements plus actifs observés au-delà de la 10e semaine : ce sont des mouvements alternatifs coordonnés jambe droite/jambe gauche.
L’étape 7 se caractérise par le fait que le nouveau-né se familiarise avec le sein. Guidé par ses sens, il lèche le téton ou l’aréole ; ses mouvements sont plus vigoureux et coordonnés et font intervenir bras, jambes, tête, lèvres, bouche. A 11 semaines de gestation, le fœtus commence de la même façon à tourner la tête, la porter vers l’arrière, à coordonner ses mouvements avec celui des mains. Les lèvres et la bouche s’ouvrent et se ferment.
L’étape 8, c’est enfin la tétée, une étape incroyable où l’enfant coordonne parfaitement ses mouvements de bouche avec la déglutition et ce, de façon rythmique. Durant la période intra utérine, ce comportement est observé vers la 12e semaine de grossesse. Cela lui servirait donc d’entraînement pour cette première tétée tout en avalant du liquide amniotique qu’il apprend à « reconnaître ». D’ailleurs, vers la 13e à 15e semaine, les bougeons du goût -ces groupes de cellules impliquées dans le sens du goût- sont pleinement développés.


Proche du terme, il est prouvé que les mouvements faciaux (ouverture et fermeture de la mâchoire, déglutition et mastication sont coordonnés et issus d’un processus de maturation).
La dernière étape est l’endormissement, lié l’action de la cholécystokinine, une hormone gastro-intestinale, dont la mise en place a aussi été progressive pendant la grossesse. Pour cette étape, la compréhension des phases de sommeil chez le fœtus est un peu moins aboutie.

Et les sens dans l’histoire ?
Les mouvements, les aptitudes physiques, c’est une chose ! Mais les sens bien aiguisés sont indispensables dans l’affaire et là aussi, l’enfant les développe et les stimule lors de sa vie intra-utérine.
L’absorption de liquide amniotique motive son sens de l’odorat et du goût pour mieux repérer le sein à la naissance. L’odeur de l’aréole est particulière : des études ont montré une bonne corrélation avec celle du liquide amniotique. Il y sera donc très sensible.
La vue est stimulée aussi in utero, notamment les contrastes.
L’ouïe n’est pas en reste. Les preuves ont été données que les bébés préfèrent la voix de leur mère ; ils sont d’ailleurs capables de gérer les sons dès les premières heures de vie et font le lien entre le son et l’image du visage de leur maman.

Qu’en penser ?
Sur la base des observations faites sur le « breastcrawling » et le comportement fœtal, il semble raisonnable de penser que le développement du fœtus intègre les étapes clé permettant de réussir sa future recherche de nourriture. Les attitudes, les mouvements, les différents sens doivent être actifs, coordonnés et vigoureux dès les premiers instants de vie. Cela nécessite un apprentissage selon un schéma précis suivi durant la vie intra utérine.  Une pléthore de comportements guidés par les sens seraient donc ancrés dans la mémoire du nouveau-né à partir de son expérience in utero qui l’a entraîné pour optimiser cette première rencontre et pouvoir se nourrir.
Cette hypothèse est vraiment très séduisante, et les auteurs attendent que d’autres recherches rigoureuses viennent corroborer ces réflexions. Outre le fait que ces explications permettent de mieux comprendre le développement fœtal, cela aurait des implications fortes notamment dans les soins à apporter au nouveau-né afin de chercher à préserver au maximum ce moment de contact précieux mère-enfant. C’est de plus de plus souvent le cas dans nos maternités, maisons de naissance mais cela renforcerait encore plus les données sur lesquelles s’appuyer pour le soutenir au maximum.
Remarque personnelle : Ce billet ne se veut pas culpabilisant et générateur de stress pour les mamans qui n’ont pas pu, pour une raison x ou y, mettre en place le peau à peau. L’allaitement maternel n’est pas pour autant compromis !

Références

Ann-Marie Widström et al., « A plausible pathway of imprinted behaviors: skin-to-skin actions of the newborn immediately after birth follow the order of fetal development and intrauterine training of movements”, Medical Hypotheses 134, 2020

Ann-Marie Widström et al., « Skin-to-skin contact the first hour after birth underlying implications and clinical practice “, Acta Paediatr., 2019

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