Allaitement long·Santé enfant·Santé maman

L’allaitement au 21e siècle (partie 2/2)

Suite du billet précédent (L’allaitement au 21e siècle (partie 1/2) ), où il était question d’une étude parue en 2016 dans The Lancet faisant état d’un travail d’analyse de 27 revues systématiques et méta-analyses pour la plupart à l’initiative de l’OMS (publiées entre 2005 et 2015). Il porte sur des résultats épidémiologiques sur des pays en voie de développement et des pays riches.

La première partie mettait en lumière les constats sur les taux d’allaitement au 21e siècle, et les effets protecteurs sur la santé de l’enfant. Alors que pas mal de nos concitoyens restent sceptiques sur les bénéfices de l’allaitement lorsque les conditions de développement sont bonnes (hygiène, alimentation), il s’avère que l’allaitement pourrait être présenté comme un moyen réduire les chiffres de mort subite du nourrisson, ou des cas d’entérocolite nécrosante ou encore d’otites moyennes ou d’allergie respiratoire. Pour revoir tout cela, voici le billet de synthèse.

L’étude évoque aussi les bénéfices sur le long terme pour l’enfant et la mère.

Bénéfices sur le long terme pour l’enfant jusqu’à l’âge adulte

Effets sur le métabolisme
Les effets sur le long terme ont bel et bien fait l’objet de nombreuses recherches notamment dans les pays riches.  Sur la base d’une centaine d’études, il apparaît que de plus longues périodes d’allaitement sont associées à une nette diminution  des risques de surpoids et d’obésité (de l’ordre de 25%). Nous avions déjà évoqué cet aspect dans un précédent billet en mettant en évidence un effet dose réponse : lorsque la durée de l’allaitement est plus grande, les risques de surpoids diminuent et ce, au sein même d’une même fratrie, ce qui exclut la possible influence du mode de vie. Plusieurs types de mécanismes sont à l’oeuvre notamment la présence de composants bio-actifs spécifiques dans le lait maternel ayant des effets programmés sur le long terme notamment sur les réponses endocrines liées à la prise de nourriture et la régulation de l’appétit.

L’étude The Lancet 2016, s’intéresse également à l’incidence de l’allaitement sur l’apparition de diabète de type 2 à l’âge adulte. L’enquête menée sur la base de quelques études indiquent une réduction de l’ordre de 25 % mais les résultats d’études sont encore partagés : le consensus n’est pas établi car de nombreux biais existent (facteurs confondants ou concomitants). Les auteurs pensent que malgré l’absence d’un niveau de preuves suffisamment fort, de plus en plus d’études s’accumulent liant allaitement et protection contre le diabète, dans la mesure où il est souvent corrélé au surpoids (nous en avions parlé ici, en ce qui concerne certains mécanismes).

Les observations sur la tension et le cholestérol n’ont par contre pas montré d’effet protecteur de l’allaitement.

Effets sur l’intelligence
Enfin, l’effet de l’allaitement sur le développement de l’intelligence est également traité. [Toujours délicat d’aborder cette question sans heurter les susceptibilités. Je rappelle donc ici que le développement de l’intelligence est multifactorielle et que l’allaitement est un « plus » mais ce n’est pas le seul élément actif.]
Le bilan sur 16 études ayant pris soin de contrôler des facteurs confondants liés à l’environnement (stimulation dans le milieu familial, intelligence de la mère…) montre un QI* augmenté de 3,4 points.  Un autre essai randomisé à rapporté une augmentation de plus de 7 points pour des enfants de 6 ans 1/2.

*sachant que ce n’est qu’une façon de mesurer l’intelligence.

Bénéfices sur le long terme pour la mère

L’analyse faite par le biais de cette étude montre également bien des effets positifs pour la mère : en particulier le rôle joué par l’allaitement (exclusif) sur l’espacement des naissances (avec les réserves qu’on connaît sur le nombre de tétées qui doit être suffisant…) est notable. C’est particulièrement important dans des pays où les taux de natalité sont élevés et les ressources faibles.

L’effet sur le cancer du sein est également étudié. On relèvera une méta-analyse incluant 47 études : chaque année d’allaitement (12 mois donc) dans une vie ferait diminuer le taux de 7% (NB : les femmes nullipares sont exclues ndlr : ceci afin d’éviter les biais car le fait d’avoir un enfant déjà modifie la donne). Nous y reviendrons prochainement. Mais on peut d’ores et déjà avancer que plusieurs mécanismes sont proposés pour expliquer l’effet protecteur de l’allaitement :
– la lactation provoque des changements hormonaux chez la mère : en particulier une exposition moindre aux œstrogènes est bénéfique vis à vis de certains types de cancers liés à l’exposition longue et à des taux élevés à cette hormone – voir ICI,
– l’allaitement provoque une évolution des lobules (évolution démarrée pendant la grossesse). Chaque allaitement , en réponse à la prolactine induit donc un profond changement morphologique de la glande mammaire (pour que la production lactée soit opérationnelle) : en particulier, on assiste à une différentiation de cellules souches en cellules matures et opérationnelles. Cela fait donc « baisser  » le stock de « cellules souches » à partir desquelles démarrent certains cancers.

L’effet protecteur est également marqué pour les risques de cancers ovariens. La publication avance le chiffre de 30 % de réduction pour de longues périodes d’allaitement. Après ajustement des facteurs confondants (prise en compte du nombre de grossesses), la réduction du risque est encore de 18 %.

D’autres effets ont également été étudiés notamment une éventuelle protection contre le diabète pour la mère. Les résultats ne sont à priori pas convaincants pour en tirer des conclusions fiables. La question reste en cours d’étude.

Conclusion :
Voici donc une synthèse intéressante parue dans The Lancet : d’une part parce qu’elle est récente (2016) et également parce qu’elle s’appuie sur un nombre important d’études donnant plus de poids aux résultats.
Elle a également le mérite de montrer que l’allaitement maternel présente d’énormes bénéfices pour les pays pauvres mais également pour les enfants et mamans des pays où les conditions d’hygiène et de ressources alimentaires sont bonnes.

Référence :

Victora C. G., Bahl R. et al., « Breastfeeding in the 21st century : epidemiology, mechanisms, and lifelong effect », The Lancet, Vol 387, 2016

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4 réflexions au sujet de « L’allaitement au 21e siècle (partie 2/2) »

  1. Ne plus parler de bénéfice de l’allaitement mais des risques de l’alimentation artificielle. Les études scientifiques normales étudient et comparent la normalité avec l’administration d’un produit de synthèse… Pourquoi procéder autrement si ce n’est pour tenter de faire passer l’idée que le lait artificiel est …la norme ..

    1. Bonjour.
      Ce n’est pas ma position, ni celles de la grande majorité des études scientifiques que je lis : je ne souhaite pas aller plus loin que cela. Et puis, encourager les mères à allaiter, les aider, les soutenir oui. Mais, je suis désolée, il y aussi tellement de raisons pour lesquelles les mères n’allaitent pas ou ne peuvent pas poursuivre.
      Une meilleure information, c’est personnellement ce que je prône… Le lait artificiel, n’est tout de même pas une abomination.

  2. Bonjour, je suis toujours sceptique ou l’exeption qui confirme la règle concernant les bien fait sur les maladie ORL sur 3 enfants mon dernier a été allaité 16 mois (arret sur sa volonté il m’a dit stop tt maman et hop c’était finit!) echaporté jusqu’à 4 ans à sa demande et il a des laryngithe asthmatiforme ( une dizaine par an) a eu des otites à répétition qui ont abimé son tympan (baisse temporel de l’audition de 4 à 6 ans), et a de gros pb d’attention (suspçion de TDA). Concernant l’intelligence, ma fille a été allaité 2mois et demi ( plus de lait et perte de poids du bb), mon deuxieme 4,5mois ( au tire lait ancien Gd préma tt le fatiguait trop arret suite à plus de lait trop de stress et d’angoisse pour moi, il a eu une msn prise à temps). Niveau QI ils sont tous très probablement hpi, le dernier a un qi qui a été quantifié plus élevé. Mais ma fille a foiré le test trop de manque de confiance et du coup n’a rien répondu ( excellente en grammaire, orthographe inné et des dons évident pour les langues etrangères), mon second a eu des test pas de chiffre mais on m’a annoncé qu’il aurait les meme façon de procédé qu’un eip, il lit les encyclopédie comme du petit lait et est excellent en science. le trois diag hétérogène 128-138 il sont tous intelligent differemment meme si cela se voit plus sur les garçons car profil assez typique. J’ai par ailleurs de nombreuses connaissances qui ont des enfants non allaité qui ne sont jamais malade, qui sont surement eip (à force ont les reconnais les zebrillon) et absolument pas en surpoids ( enfait tout ceux qui n’ont aps allaité que je connais sont dans ce cas), je connais également des allaittement long à très long ( 5ans voir plus) dont les enfants ont de gros pb orl et autres ( ils sont également eip). Bref les études dépendent des etudiés. Je précise que personnellement je suis pour l’allaittement et les dons au lactarium, les couches lavables et l’echarpe de portage, mais je comprends également ceux qui ne le sont pas. Merci

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