Bibliographie·Protection maladies

L’allaitement au 21e siècle (partie 1/2)

Une année 2016 qui a filé ! Toujours une envie irrésistible de fouiller la littérature scientifique à la recherche de nouveaux résultats à médiatiser… et il y en a pas mal. Mais le temps me manque (il reste toujours sur le feu le dernier article sur le cancer du sein (5/5) avec l’effet protecteur de l’allaitement / un article sur les rôles de la lactoferrine). J’assistais encore hier à une conférence à l’Institut Pasteur, sur le sujet de la Nutrition et ses liens (ou non) avec l’apparition de maladies : le sujet de l’allaitement maternel a été largement évoqué. J’y reviendrai aussi.
En attendant tout cela, je vous propose une synthèse d’un article paru dans The Lancet, célèbre revue scientifique médicale Britannique (date de 1823).


Un article paru début 2016 dans le Journal The Lancet fait un état des lieux sur l’allaitement maternel au 21e siècle autant dans les pays en voie de développement que dans les pays riches, développés et industrialisés pour lesquels les effets positifs de l’allaitement ne font pas toujours l’objet de consensus.
L’article nous livre une synthèse de résultats d’études épidémiologiques ainsi qu’une vue d’ensemble des effets de l’allaitement sur le long terme (et les mécanismes d’action sous-jacents) car ceux-ci ne sont pas forcément connus et appréciés à leur juste valeur.

L’article s’ouvre sur une citation datant de 1981, celle d’un pédiatre Dr Bo Vhalquist (traduction libre) :

 » Au sein de toutes les espèces de mammifères, le cycle reproductif comprend à la fois la gestation et l’allaitement. En l’absence de cette 2e étape, les espèces y compris l’Homme, n’auraient pu survivre ». Bref, on l’a échappé belle !

Mais les auteurs rappellent aussi que l’Académie Américaine de Pédiatrie soulignait quelques années plus tard, que dans un pays où les conditions sanitaires étaient correctes, les bénéfices de l’allaitement restaient modestes.

Alors, il faut en avoir le cœur net et regarder du côté des études épidémiologiques. Or actuellement, il y a pléthore de résultats quant aux effets de l’allaitement maternel aussi bien pour l’enfant que pour la mère : un rôle épigénétique (où comment des gènes sont éteints ou au contraire mis en éveil grâce aux composants du lait, nous en avions parlé ICI et LA), un rôle lié aux cellules souches (nous en avions parlé dans ce précédent post « Allaitement contre leucémie chez l’enfant« ), un rôle qui modèle de façon personnalisée chaque individu pour toute sa vie.

Cette publication est le fruit d’un travail d’analyse de 27 revues systématiques et méta-analyses pour la plupart à l’initiative de l’OMS (publiées entre 2005 et 2015). Il porte sur des résultats épidémiologiques sur des pays en voie de développement et des pays riches.

oms

Des résultats sur les taux d’allaitement

De bons résultats pour le démarrage
Il en ressort que dans tous les pays, le pourcentage de mères allaitantes à la naissance est élevé : à noter que ces pourcentages sont néanmoins inférieurs à 80 % pour uniquement 3 pays (France, Espagne et les Etats-Unis).
Dans tous les pays, l’allaitement exclusif jusque l’âge de 5 mois est finalement assez peu répandu même dans les pays à revenus faibles ou moyens (< 40 %) et pourtant ce sont ces pays qui affichent des taux d’allaitement plutôt bons à tout âge.

Qu’en est-il de l’allaitement long ?
A 12 mois, le taux d’allaitement dans les pays à  revenus faibles ou moyennement faibles est proche de 90 % : la pratique est donc parfaitement répandue. Ce chiffre tombe à moins de 25 % dans les pays à hauts revenus et autour de 55 % pour les pays à revenus intermédiaires. Bref, chez nous, les mamans ayant choisi d’allaiter jusqu’à un an (je ne vous dis pas au-delà) ont de quoi se sentir un peu « isolées » !

Entre 20 et 24 mois, le pourcentage est de 55-60 % pour les pays pauvres ou aux revenus moyens-valeurs basses ; il est de moins de 20 % pour les revenus moyens-valeurs hautes. Les données ne sont pas disponibles pour les pays riches (on se demande pourquoi).

Des effets de l’allaitement sur le court terme

28 méta-analyses portant sur les retombées de l’allaitement ont été décortiquées par les auteurs.
Dans les pays pauvres ou à revenus moyens, la mortalité des enfants de moins de 6 mois non allaités était entre 3 et 5 fois plus élevée : le résultat s’explique par une protection importante contre les diarrhées et infections respiratoires.

J’aimerais m’attarder ici sur les résultats obtenus pour nos pays développés où le confort et la qualité des soins sont idéales (en règle générale bien sûr). Encore pas mal de gens restent partagés sur les bénéfices de l’allaitement lorsque les conditions de développement sont bonnes (hygiène, alimentation). Or, l’allaitement pourrait être présenté comme un moyen réduire les chiffres de mort subite du nourrisson : les auteurs s’appuient sur une méta-analyse de 2007 qui incluait 6 études de qualité et indiquait que l’allaitement était associé à une baisse de 36% du syndrome de mort subite (nous en avions parlé dans ce précédent post) et de 58% des cas d’entérocolite nécrosante (nous en avions parlé ici).

Le travail des auteurs souligne aussi la mise en évidence d’une protection de l’allaitement maternel contre l’otite moyenne pour les enfants de moins de deux ans (ce qui ne veut pas dire que cela n’arrive jamais).
En ce qui concerne les allergies d’ordre alimentaire, les auteurs n’ont par contre pas trouvé d’association : l’allaitement maternel semble peut jouer sur cet aspect.
Pour ce qui est des allergies respiratoires, l’allaitement maternel joue un léger rôle : l’estimation de la réduction donne un pourcentage de réduction compris entre 5 % et 9 %.

Des effets de l’allaitement sur le long terme

Les effets sur le long terme ont bel et bien fait l’objet de nombreuses recherches notamment dans les pays riches. Cette revue en rend compte notamment en creusant le lien entre l’allaitement maternel et le développement des maladies métaboliques. Sur la base d’une centaine d’études, il apparaît que de plus longues périodes d’allaitement sont associées à une nette diminution  des risques de surpoids et d’obésité (de l’ordre de 25%).

Nous développerons cet aspect (et d’autres aussi) dans la partie II

Conclusion :

La conclusion de cette étude publiée dans The Lancet est également intéressante et je vous en livre ici quelques lignes tant elles donnent à réfléchir.
Les pratiques médicales ont largement négligé l’étape clé que représente l’allaitement dans le cycle reproductif en laissant sous entendre que le lait maternel pouvait être remplacé par des produits de synthèse. Cette mauvaise approche est particulièrement importante dans les pays riches puisque c’est là où on trouve moins de 1 enfant sur 5 allaité à l’âge de 1 an.
Non seulement les résultats des effets de l’allaitement son tangibles mais on peut maintenant les expliquer. Les découvertes faites dans le domaine de l’immunologie, l’épigénétique, le microbiote, les études sur les cellules souches faites ces 20 dernières années permettent de mettre en lumière les mécanismes par lesquels l’allaitement peut améliorer la santé des enfants et celles des adultes. Vraisemblablement, il faut s’attendre à ce que les découvertes seront encore nombreuses !

Référence :

Victora C. G., Bahl R. et al., « Breastfeeding in the 21st century : epidemiology, mechanisms, and lifelong effect », The Lancet, Vol 387, 2016

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