Comment ça marche ?

Lait maternel et manipulation comportementale de l’enfant

Il y a quelques temps, j’avais écrit une petite synthèse qui se focalisait sur la parfaite synergie entre les sucres oligosaccharides -particulièrement concentrés dans le lait maternel- et le microbiote spécifique des bébés allaités : relire l’article ici.
En version rapide, on peut dire que certains oligosaccharides du lait humain (HMO- Human Milk oligosaccharides) présentent des propriétés prébiotiques. Le microbiote des enfants consommant le lait de leur mère est ainsi plus riche en bifido-bactéries et pour cause, ce sont les seules entités capables de découper les HMO. Une belle collaboration s’établit alors, avec pour effet une meilleure récupération des nutriments, une protection contre les pathogènes, une synthèse de vitamines et un développement optimal de l’immunité du tout-petit.

Bref, j’en étais à peu près restée là, de mes lectures sur la parfaite synergie entre des bonnes bactéries qui savent découper les bons HMO. C’est déjà une coopération passionnante à comprendre, mais en fait … ce n’est pas tout. Il y a autre chose à saisir de cette interaction HMO-microbiote.

Les auteurs d’une étude parue il y a un an (avril 2015), démontrent que les oligosaccharides du lait humain (HMO) en favorisant la colonisation par certains micro-organismes jouent un rôle dans la régulation du comportement de l’enfant (pleurs, émotivité) en mettant en jeu l’axe intestin-cerveau.

Le petit homme nécessite et réclame un maximum d’attention, de soins et de ressources : il mettra tout en oeuvre pour obtenir (signaux, sourires, pleurs, colères). En retour, la mère qui comble au maximum ces besoins, doit néanmoins pouvoir garder un peu d’énergie pour assurer le quotidien, et le soin envers ses autres enfants. Il faut donc que ces deux contraintes puissent s’ajuster au mieux. C’est la régulation comportementale du bébé via la synergie HMO/bactéries qui permet de rendre plus compatible les besoins de la mère avec ceux de son enfant : ce dernier pleure moins, et prend plus vite « son indépendance » ; sa maturation émotionnelle est boostée.

L’un des mécanismes présenté repose sur la production de neurotransmetteurs émanant des micro-organismes qui stimule les cellules du nerf vague et d’autres cellules nerveuses : voilà pour le lien avec le cerveau.

Le lait maternel contient aussi des hormones de type glucocorticoïdes. Leur absorption développe la concentration et l’expression des récepteurs à ce type d’hormone lorsque le cerveau de l’enfant se construit. Tout cela organise le développement neurobiologique et comportemental de l’enfant (le système de l’axe hypothalamo-pituito-surrénalien est également impliqué dans cette organisation).

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Axe intestin-cerveau influencé par le microbiote, les HMO, leur interaction et les hormones (figure issue de la publication)

Enfin, sans même aller chercher aussi loin, les auteurs soulignent aussi qu’une digestion facilitée, moins d’infections par des pathogènes, une récupération optimale d’énergie favorise forcément globalement le confort du nourrisson : il pleurera moins !

Bref, les micro-organismes, acquis par le lait maternel manipulent « positivement » nos bébés. Il faut donc savoir que la mise en place de l’ensemble de ces systèmes complexes risque d’être remis en cause par des pratiques courantes (trop ?) telles que la césarienne, le recours au lait de formulation ou l’utilisation précoce d’antibiotiques.

Bilan
Voilà, on commence juste à toucher du doigt l’influence du « bon » microbiote sur les habitudes comportementales (d’autres exemples chez les animaux sont développés sur mon autre blog). Il serait même question de pouvoir soulager des maladies psychiatriques tels que des syndromes dépressifs, en tentant de modifier la colonisation intestinale.

Référence

  • Cary R. Allen-Blevins et al.,  « Milk bioactives may manipulate microbes to mediate parent–offspring conflict », Evolution, Medicine and Public HealthVolume 2015 (1), pp 106-121, 2015,  lien 
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2 réflexions au sujet de « Lait maternel et manipulation comportementale de l’enfant »

  1. Merci pour l’article, ca me laisse reflechir que l’autisme chez les enfants pourrait avoir un lien avec la diminution de la pratique de l’allaitement maternel !

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