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Nouvelle approche du lien entre allaitement et masse adipeuse à l’âge adulte

Il y a quelques temps, je m’étais penchée sur la question de l’éventuelle corrélation entre la nutrition dans les premiers mois de vie (allaitement ou non) et le surpoids à l’âge adulte. Il ressortait de cette synthèse (voir ICI) que l’allaitement pouvait apporter un effet protecteur sur l’obésité à l’âge adulte.
Petit rappel des faits marquants de cet effet protecteur :
– de nombreuses études l’ont montré de façon indépendante (mis en évidence par cette méta-analyse [1],
– cet effet est surtout visible dans les pays riches (certaines études n’ont pas vu de lien : les effets étant gommés par la nature des aliments introduits au moment du sevrage)
-Des études de fratries (un allaité/un non allaité) mettent néanmoins en évidence plus de risques chez l’enfant non allaité d’être en surpoids à l’âge adulte [2].
– La conclusion d’une synthèse bibliographique conduite par l’OMS en 2013 [3] (basée sur un large panel d’études) est une corrélation entre allaitement et une moindre prévalence du surpoids et de l’obésité sur le long terme. L’OMS précise néanmoins que les facteurs confondants restent tout de même difficiles à éliminer.

Une étude française très récente apporte de nouveaux éléments
Un article publié le mois dernier (mars 2014)  [4] dans « The Journal of Pediatrics » par une équipe française (Centre de Recherche en Epidémiologie et Biostatistiques Sorbonne Paris Cité) apporte une nouvelle réponse à cette question. Les auteurs rappellent, comme dans la conclusion de l’OMS, qu’une tendance à observer un lien entre allaitement et une moindre prévalence du surpoids à l’âge adulte se dessine mais qu’ il n’y a pas encore de consensus : de nombreux biais dispersent les résultats et un ajustement statistique correct est nécessaire de façon à pouvoir isoler l’influence du seul paramètre « allaitement ».

L’article rend compte d’une étude de cohorte (comparaison des taux d’incidence du surpoids entre personnes ayant été allaitées et un groupe de non allaités). 73 enfants ont été suivis de leurs premiers mois jusqu’à l’âge de 20 ans et l’effet de l’allaitement (partiel ou exclusif confondus) sur la masse adipeuse a été observé en tenant compte des facteurs nutritionnels au moment du sevrage. 2/3 des enfants ont été allaités, avec une durée maximale de 7 mois 1/2. Les paramètres évalués à l’âge de 20 ans sont la taille, le poids, l’épaisseur des plis cutanés, la masse adipeuse. Les paramètres confondants qui ont été ajustés sont l’indice de masse corporelle de la mère, la profession du père.

Résultats

Lorsque les variables habituelles sont ajustées, il n’est pas toujours évident de mettre en évidence le rôle protecteur de l’allaitement. Par contre, en prenant en compte la variable « régime alimentaire » lors du sevrage (% de calories et % de lipides), ce rôle protecteur apparaît de façon significative.

Comme d’autres études préalables l’avaient montré, l’indice de masse corporelle n’est pas un paramètre susceptible de mettre en évidence l’impact de l’allaitement. Un paramètre plus significatif est l’épaisseur de pli cutané qui rend bien compte de la teneur en adiposité.

Les auteurs ont aussi remarqué que la consommation de graisses (à l’âge de 2 ans) était significativement plus faible chez les enfants ayant été allaités ce qui « brouille » les résultats quant à l’impact de l’allaitement sur la masse adipeuse à l’âge adulte. En effet, la restriction lipidique ou calorique globale chez l’enfant en bas âge conduit à une sorte d’adaptation métabolique ce qui augmente les risques d’obésité à l’âge adulte. Au contraire, consommer des éléments gras étant enfant (dans la limite du raisonnable) n’est pas préjudiciable sur le long terme. Ceci est lié à la résistance à la leptine, l’hormone qui régule le stockage des graisses et la sensation de satiété.

Limites de l’étude

Comme l’indiquent les auteurs, la distinction entre allaitement mixte et exclusif n’a pas été faite et la durée de l’allaitement n’a pas été prise en compte. Une étude sur un plus grand nombre d’enfants, d’origines ethniques différentes et une durée d’allaitement plus longue que 7 mois 1/2 serait intéressante.

Idée importante à retenir pour les mamans allaitantes au moment du sevrage : Peu de messages clairs parviennent aux mères au moment du sevrage. Naturellement, elles ont plutôt tendance à être vigilantes et agir par excès en offrant une alimentation ou un lait de suite trop pauvre en matière grasse. Or une restriction calorique au moment du sevrage pourrait avoir un effet néfaste sur la gestion des graisses à un âge plus avancé, et gommer les bénéfices de l’allaitement sur cet aspect. Citons [5] :

Home-prepared weaning foods have some shortcomings in terms of nutrient composition

L’idéal est de passer du lait maternel (riche en graisse) et de diminuer progressivement la quantité de lipides au fil du temps, tout en douceur. Une chute trop rapide n’est pas sans risques sur le long terme, notamment sur la gestion des corps gras. Comme si le corps s’adaptait à cette restriction et programmait de faire des réserves en cas de besoin ! Bref, les bénéfices de l’allaitement ne doivent pas être gommés par des habitudes alimentaires trop sévères.

Vous pouvez retrouver cet article publié sur les Vendredis Intellos (une occasion de lire d’autres articles très intéressants sur le sujet de la parentalité)

Références

 1-  Harder T. et al., « Duration of breastfeeding and risk of overweight: a meta-analysis », Am J Epidemiol. , Vol 162(5), pp 397-403, 2005 (résumé ICI)

2- Metzger M., McDade T., « Breastfeeding as Obesity Prevention in the United States: A Sibling Difference Model » American journal of Human Biology, Vol 22, pp 291-296, 2010

3- B. L. Horta, C.G. Victora, « Long-term effects of breastfeeding : a systematic review », Chapitre 5, World Health Organization  ISBN 978 92 4 150530 7, 2013 (Lien ici)

4- Péneau S, Hercberg S., Rolland-Cachera M-F, « Breastfeeding, Early Nutrition, and Adult Body Fat« , The Journal of Pediatrics, mars 2014 (sous presse)

5- Stordy BJ. et al.,  » Healthy eating  for infants–mothers’ actions  » Acta Paediatr,  Vol 84(7): pp 733-41, 1995

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