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Allaitement maternel et transmission VIH

Paru dans le magazine La recherche (Mai 2013) : » Une contamination par le lait maternel réduite à l’extrême » a attiré mon attention. Je vous en propose un petit résumé, assorti de quelques commentaires.

L’allaitement maternel est le talon d’Achille de la transmission du virus VIH de la mère à l’enfant : la transmission pendant la grossesse et l’accouchement est plus limitée moyennant quelques précautions thérapeutiques.
Le lait maternel qui s’élabore à partir de matières premières présentes dans le sang de la mère, est en effet une porte de passage idéale pour le virus cherchant de nouvelles cibles à infecter.

dessinvih
Illustration Stef Comics

Petit rappel sur le virus VIH
Le virus de l’immunodéficience humaine est un rétrovirus qui s’attaque au système immunitaire rendant l’individu contaminé très vulnérable aux agents pathogènes.

Un rétrovirus est un virus dont le génome est constitué d’un simple brin d’ARN en double exemplaire. Pour entrer en action, le virus transporte avec lui des enzymes particulières (protéines qui vont déclencher des réactions précises) :

  • La transcriptase inverse qui permet de transformer l’ARN viral en ADN viral (seule structure compatible avec celle de l’ADN de la cellule hôte).
  • L’intégrase qui permet d’intégrer l’ADN viral à l’ADN de la cellule hôte
  • La protéase (enzyme qui coupe des protéines) qui permet de faire des copies (le VIH qui prend les commandes d’une cellule l’oblige à le dupliquer).

Ces trois enzymes sont les principales cibles des traitements antirétroviraux qui agissent généralement de façon complémentaire. En effet, une autre caractéristique marquante du VIH : il varie très rapidement, subissant un rapide processus d’évolution par mutations, recombinaisons. En jouant sur plusieurs fronts, la résistance médicamenteuse est moindre.

Virus VIH Source ICI

Résultats récents (2013) sur la contamination via l’allaitement
Une équipe internationale pilotée par un spécialiste français  du VIH  (P. Van de Perre, Montpellier) a testé une combinaison d’antirétroviraux (Lopinavir* et Ritonavir*), administrés deux fois par jour à des bébés africains sains, de mère séropositive âgées en moyenne de 27 ans. Le traitement et le suivi ont été menés pendant 50 semaines d’allaitement.

La contamination des enfants par le VIH a été évaluée à 7 jours puis tous les trois mois. Des résultats partiels mais très prometteurs ont été obtenus sur 788 bébés  (natifs du Burkina Faso, Uganda, Zambie, and Afrique du Sud) qui ont participé à cette belle opération : un taux de contamination de 1,3 % a été obtenu. L’équipe continue actuellement son investigation en testant la thérapie sur un plus grand nombre d’enfants. 

A titre de comparaison, hors stratégie thérapeutique, les chiffres de l’OMS affichent un taux (2010) d’infection mère-enfant de 26%.

* Lopinavir fait partie de la famille des inhibiteurs de protéase. Ce médicament diminue l’activité de cette enzyme : le VIH ne peut pas se répliquer.
LE Ritonavir a pour rôle d’augmenter la concentration du Lopinavir dans le sang pendant plusieurs heures.

Résultats d’études précédentes

Des études précédentes avaient évalué l’effet d’un traitement de la mère survenant pendant les derniers mois de grossesse et quelques mois après la naissance,  avec des antirétroviraux. Les taux de transmission, mesurés sur les nourrissons entre 4 et 8 semaines, allaient de 4,5% à 15%.

Les chiffres les plus bas de cette fourchette résultaient de la combinaison de Zidovudine** et Lamivudine** administrée pendant les huit dernières semaines de la grossesse à laquelle s’ajoute la Névirapine** donnée à la mère pendant le travail et l’accouchement, ainsi qu’au nouveau né.

** Ces trois antirétroviraux sont des inhibiteurs de la transcription inverse : la synthèse de l’ADN du virus est bloquée.

Conclusions et perspectives
Le taux particulièrement bas de transmission de l’étude 2013 s’explique par un traitement de longue durée.
Voilà qui offre de nouveaux horizons aux femmes séropositives en leur proposant une  alternative au lait artificiel : ceci est particulièrement important notamment dans les milieux défavorisés où l’alimentation de substitution n’est pas toujours possible.
Les recherches doivent néanmoins se poursuivre, en observant 
les effets secondaires sur le long terme et le cas des mutations donnant des formes résistantes aux médicaments cités et .

Références :

Thorkild Tylleskar et al. « Towards Elimination of Breastfeeding Transmission by Infant Peri-exposure Prophylaxis: Results of ANRS 12174 Trial Using Boosted Lopinavir or Lamivudine in Africa ». Résumé ICI

McIntyre J. Antirétroviraux pour réduire le risque de transmission mère-enfant de l’infection par le VIH : Commentaire de la BSG (dernière révision : 22 août 2007). Bibliothèque de Santé Génésique de l’OMS ; Genève : Organisation mondiale de la Santé. Lien ICI

http://fr.wikipedia.org/wiki/Virus_de_l’immunod%C3%A9ficience_humaine

http://whqlibdoc.who.int/publications/2005/9242562718_fre.pdf

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